À propos de cette histoire
Le 16 août 1960, Chypre devient une république indépendante, mettant fin à l'administration coloniale britannique et installant l'archevêque Makarios III comme président et Fazıl Küçük comme vice-président. L'indépendance suit l'accord de Zurich–Londres, une constitution de partage du pouvoir et des exceptions stratégiques qui laissent à la Grande-Bretagne la souveraineté sur les zones de bases d'Akrotiri et de Dhekelia.
Création de la République de Chypre le 16 août 1960.
Le 16 août 1960, Chypre devient un État indépendant et l’administration coloniale britannique prend fin sur l’île. La République de Chypre entre alors officiellement en existence dans l’est de la Méditerranée, avec l’archevêque Makarios III comme premier président et Fazıl Küçük comme premier vice-président. Mais cette indépendance n’est pas conçue comme une rupture simple et totale : elle naît d’un ensemble de traités, de garanties extérieures et d’un dispositif constitutionnel soigneusement négocié entre plusieurs acteurs aux intérêts différents.
Une île contestée sous la domination britannique
L’événement marque l’aboutissement d’un long processus. Depuis 1878, Chypre avait été administrée par la Grande-Bretagne, et au milieu du XXe siècle la question de son avenir était devenue de plus en plus difficile à contenir. Dans les années 1950, la domination britannique se heurte à une contestation croissante, notamment dans le contexte de l’insurrection menée par l’EOKA. Pourtant, la fin de l’ordre colonial ne débouche pas sur une solution évidente. Plusieurs options sont en tension : prolonger la présence britannique, accepter une partition, ou tenter de bâtir un État commun capable d’être reconnu par les principales parties concernées.
Ce qui rend le cas chypriote particulier, c’est que l’indépendance n’est pas seulement une affaire entre la puissance coloniale et un mouvement national. Elle implique aussi les relations entre les communautés grecque chypriote et turque chypriote, ainsi que les positions de la Grèce et de la Turquie. Toute formule durable doit donc être acceptable, au moins en principe, pour Londres, Athènes, Ankara et les représentants chypriotes. C’est cette contrainte qui donne à la future indépendance sa forme très encadrée.
Une étape décisive est franchie le 19 février 1959, lorsque des accords conclus à Londres, dans le prolongement des discussions de Zurich, fixent le cadre de l’indépendance chypriote. Ces arrangements ne se contentent pas d’annoncer la fin de la domination britannique. Ils définissent aussi la structure de l’État à venir, la répartition de certaines fonctions entre les communautés, ainsi que des engagements internationaux destinés à soutenir le nouvel ordre institutionnel.
L'accord de Zurich–Londres avant le jour de l'indépendance
Les dirigeants chypriotes doivent alors faire un choix difficile. Accepter ce compromis, c’est renoncer à une souveraineté entièrement libre de toute contrainte extérieure dès le premier jour. C’est aussi consentir à un partage du pouvoir minutieusement organisé, susceptible d’être critiqué dans leurs propres camps. Mais refuser l’accord ferait courir d’autres risques : une reprise des violences, une impasse diplomatique, voire l’abandon pur et simple de la perspective d’un État indépendant viable à court terme.
Le 16 août 1960, la théorie devient réalité politique. Le pouvoir colonial britannique cesse, et la République doit fonctionner immédiatement. Makarios III entre en fonctions comme premier président de la République, tandis que Fazıl Küçük devient le premier vice-président. La Constitution de 1960 est pensée pour distribuer l’autorité dès la naissance de l’État, plutôt que de laisser ces équilibres se négocier plus tard. Dans l’esprit de ses concepteurs, cette architecture doit offrir à chaque grande communauté une place institutionnelle définie et limiter les craintes de domination unilatérale.
Le partage du pouvoir dès les premières charges
Cette construction révèle cependant une idée précise de l’indépendance : il ne s’agit pas d’une page entièrement blanche. Le nouvel État est souverain, mais sa souveraineté s’inscrit dans un ensemble d’accords préalables. Le règlement de 1960 comprend notamment le traité d’établissement, le traité de garantie et le traité d’alliance. Ces textes visent à donner au nouvel État une base juridique internationale et à encadrer sa sécurité ainsi que ses rapports avec les puissances concernées.
La souveraineté chypriote comporte aussi une limite territoriale explicite. Au moment de l’indépendance, le Royaume-Uni conserve Akrotiri et Dhekelia sous souveraineté britannique comme zones de bases souveraines. Ce maintien montre que la décolonisation, dans ce cas, ne signifie pas le retrait complet de toute présence stratégique britannique. Chypre devient bien un État indépendant, mais dans un cadre où certaines réalités militaires et géopolitiques sont intégrées au règlement fondateur lui-même.
Une indépendance avec des exceptions stratégiques
Pour les contemporains, la réussite immédiate de la transition dépend moins d’un symbole que d’une mise en œuvre concrète. Il faut faire fonctionner les institutions, établir l’autorité du nouvel État et démontrer que les mécanismes de partage du pouvoir peuvent dépasser la logique du conflit récent. L’indépendance ne résout donc pas automatiquement les désaccords accumulés pendant la période coloniale. Elle les déplace vers l’intérieur d’un système constitutionnel qui doit prouver sa solidité.
C’est pourquoi le 16 août 1960 représente à la fois une fin et un commencement. La domination britannique sur l’île se termine, mais la République de Chypre commence son existence avec une structure politique exigeante, née d’un compromis serré plutôt que d’un consensus simple. L’événement est historique non seulement parce qu’un nouvel État apparaît sur la carte, mais aussi parce que sa forme même résulte d’une tentative de concilier décolonisation, équilibre communautaire et impératifs stratégiques régionaux.
Pourquoi cela compte encore
L’indépendance de Chypre reste importante parce qu’elle offre un exemple clair d’une décolonisation obtenue par négociation et par traité, et non par une déclaration unilatérale simple. Elle montre comment la fin d’un empire peut produire un État nouveau dont les institutions, la sécurité et même certains aspects territoriaux sont fixés à l’avance dans des accords internationaux.
Le cas chypriote demeure aussi instructif pour comprendre les promesses et les fragilités d’un partage du pouvoir élaboré par voie constitutionnelle. En 1960, l’objectif est de rendre la coexistence politique possible dans une société divisée, en attribuant dès l’origine des rôles et des garanties aux différentes parties. Cette ambition explique en partie pourquoi les questions de souveraineté, de représentation et de sécurité ont continué à occuper une place centrale dans l’histoire politique de l’île.
Enfin, cette indépendance rappelle qu’un transfert de souveraineté n’efface pas forcément l’empreinte stratégique de l’ancienne puissance coloniale. Le maintien des zones de bases d’Akrotiri et de Dhekelia en est un exemple durable. Pour cette raison, le 16 août 1960 reste un repère utile pour étudier les transitions post-impériales, lorsque l’indépendance juridique d’un nouvel État coexiste avec des arrangements militaires et diplomatiques hérités de sa naissance.
Chronologie
- Début de l'administration britannique de Chypre
- Début de la campagne de l'EOKA / de l'ère de l'urgence à Chypre
- Les accords de Londres concluent le cadre de l'indépendance
- Établissement de la République de Chypre ; Makarios III président, Fazıl Küçük vice-président
Ce que tu as découvert
Une indépendance sous conditions
Tu n'as pas seulement reconstitué une date : tu as retracé la naissance d’un État conçu dès le départ autour d’équilibres institutionnels, diplomatiques et stratégiques très précis.
L’indépendance de Chypre n’a pas pris la forme d’une rupture simple entre colonie et État souverain. Elle a plutôt été organisée comme un cadre déjà réglé à l’avance, où la répartition du pouvoir, les garanties extérieures et même certaines limites de souveraineté étaient fixées dès le premier jour. C’est ce qui en fait un cas important de décolonisation négociée : la question n’était pas seulement de transférer l’autorité, mais de définir à l’avance comment le nouvel État pourrait fonctionner. Cette architecture a donné une base immédiate à l’indépendance, tout en plaçant au cœur du système des fragilités durables.
Le règlement de 1960 a laissé Akrotiri et Dhekelia sous souveraineté britannique en tant que zones de bases souveraines.
FAQ
Quand Chypre est-elle devenue indépendante du Royaume-Uni ?
Chypre est devenue un État indépendant le 16 août 1960. Ce jour-là, la République de Chypre a officiellement vu le jour à la fin de l’administration britannique sur l’île.
Qui sont les premiers dirigeants de la République de Chypre ?
L’archevêque Makarios III est devenu le premier président de la République de Chypre le 16 août 1960. Fazıl Küçük est devenu le premier vice-président le même jour.
Comment la République de Chypre a-t-elle été créée en 1960 ?
Elle a été créée dans le cadre d’un règlement négocié entre le Royaume-Uni, la Grèce, la Turquie et des représentants chypriotes. Des accords conclus à Londres le 19 février 1959 ont fixé le cadre de l’indépendance.
Pourquoi le Royaume-Uni a-t-il conservé Akrotiri et Dhekelia ?
Le règlement d’indépendance de 1960 a laissé Akrotiri et Dhekelia sous souveraineté britannique comme Sovereign Base Areas. Cela montre que la souveraineté chypriote était réelle, mais pas totale sur l’ensemble de l’île.




